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Syzyfowe Prace : la jeunesse de Walenty

Syzyfowe Prace (Les Travaux de Sisyphe) est le premier livre que j’ai lu en polonais. Ce classique de la littérature n’a toujours pas été traduit en français. C'est tout à fait regretable parce que ce roman est un tableau tout à fait réaliste de la Pologne de la fin du 19ème siècle. Il nous fait vivre la vie des Polonais sous le joug russe, entre 1883 et 1893. Bien sûr, tous les Polonais connaissent Syzyfowe Prace. Ce petit livre écrit par Stefan Zeromski en 1897 est un classique dans les collèges. Bien sûr, à l’époque du Communisme, les programmes officiels l’ont mis de côté pour ne pas encourager le sentiment antirusse des élèves. Mais ce livre n’a jamais été interdit et il a toujours été accessible dans les bibliothèques scolaires.

 

L’histoire se déroule dans plusieurs lieux fictifs de la région de Kielce. L’auteur explore l’environnement des héros avec beaucoup de minutie : un manoir isolé, une école de village, une ville de garnison, un collège de province. J’aime Syzyfowe Prace parce que les héros ont l’âge qu’avait mon arrière-Grand-Père Walenty Książyk à la même époque. Marcin Borowicz est né en 1864. Walenty est né en 1863, l’année de l’Insurrection de Janvier (Powstanie Styczniowe). Les années qui ont suivi ont été particulièrement dures. Exactions, déportations, répression, et confiscations étaient le lot quotidien des Polonais qui refusaient l’asservissement. La russification s’est intensifiée à partir du début des années 1880. Le polonais a été interdit dans les écoles. Les livres ont été confisqués et souvent détruits. Les examens d’entrée au collège sont devenus plus sélectifs pour écarter les réfractaires. La seule alternative pour ceux qui refusaient ce système c’était d’entrer au petit séminaire. Pour les familles polonaises, l’éducation avait un coût prohibitif et en général, un seul enfant par fratrie pouvait y accéder.

 

Les livres sont en fait les principaux héros de Syzyfowe Prace. Le roman évolue autour de la solidarité des élèves pour découvrir, partager, protéger et cacher une littérature polonaise interdite par les autorités. Les livres sont rares et précieux. Ils deviennent un trésor et un enjeu. Pour les personnages du roman, c’est ce qui reste quand on a tout perdu. Pour moi aussi : les livres en polonais sont pratiquement sont les seuls objets qui me restent de mon Grand-Père Leon Książyk. Ils sont rares, précieux et je ne m’en suis jamais séparée.

 

Syzyfowe Prace c’est en quelque sorte la jeunesse de mon arrière-Grand-Père Walenty. Chacun des héros du livre me dévoile quelque chose sur lui : la noblesse ruinée de Marcin Borowicz, la pauvreté digne d’Andrzej Radek, la résistance courageuse de Tomasz Walecki, le patriotisme passionné de Bernard Zygier. Avec Syzyfowe Prace, j’ai retrouvé la couleur de son uniforme, j'ai imaginé le froid de son dortoir et l’obscurité de sa salle d’étude. J’ai aussi compris sa détermination à travailler pour s’en sortir. Walenty a grandi dans le culte du sacrifice des insurgés de 1863. Son adolescence passé à Grochale Gorne l'a rapproché des hauts lieux qui portent la mémoire des combats qui se sont déroulés dans la Forêt de Kampinos.

 

Je me suis toujours demandé comment un si petit livre (moins de 240 pages) pouvait contenir autant de personnages, de situations et d’intrigues. La série de TVP produite en 1999 restitue parfaitement l’intensité dramatique et l’humour de l’ouvrage. Pour ceux qui ne lisent pas le polonais, la qualité de cette excellente production est une consolation. Pour ceux qui ont un niveau intermédiaire, je recommande la lecture de Syzyfowe Prace. L’écriture est élégante, les chapitres sont courts et la langue très lisible. C’est un petit effort qui en vaut vraiment la peine.

 

Pour en savoir plus sur Syzyfowe Prace:

http://syzyfowe-prace.klp.pl/

http://syp.ostatnidzwonek.pl/

 

Marie-Jeanne C.K. Paris

A gauche : edition Olesiejuk de 2004. A droite : edition Czytelnik de 1956, illustrée par Monica Żeromska, la fille de l’auteur.

TVP rediffuse assez régulièrement la série produite en 6 épisodes. La déclamation du poème d’Adam Mickiewicz La Redoute d’Ordon (Reduta Ordona) est certainement le moment le plus intense de la série TVP. Le livre ne restitue pas l’intégralité de ce texte qui raconte le siège de Varsovie contre les troupes Russes en 1831.

La série de TVP insiste sur la russification forcée des enfants Polonais. Le mythe du panslavisme est présenté comme une manipulation des autorités russes qui veulent formater les esprits encore immatures des élèves. J’aime particulièrement la scène où la carte de l’Empire du Tsar s’effondre sur Marcin Borowicz, le héros du roman.