Culture-Quo-Vadis

Culture

Collection Quo Vadis 2016

 

Quo Vadis un livre à lire et à relire

L'année 2016 commémore le centennaire de la disparition d'un auteur universel :

Henryk Sienkiewicz

Récemment, j'ai redécouvert Quo Vadis avec une nouvelle traduction et son texte intégral. Une révélation ! Ceux d'entre vous qui sont de ma génération ont certainement lu ce roman écrit par Henryk Sienkiewicz en 1895, publié en livre en 1896 et paru en France en 1900. Dans les années 50, Quo Vadis était un livre recommandé pour les jeunes filles. C'est d'ailleurs en pension chez les religieuses que je l'ai eu entre les mains, avec Fabiola ou Les Derniers Jours de Pompei. Tous ces romans retracent la période de l'Antiquité en exaltant le martyr des Chrétiens. Dans cet environnement catholique confiné, Quo Vadis était un roman qui invitait à la rêverie tout en soulignant les valeurs morales considérées essentielles telles que la vertu, la pudeur, la dévotion ou la piété filiale.

 

Mais en relisant ce livre, j'ai constaté à quel point les versions produites pour la jeunesse sont compressées, arrangées et surtout expurgées. Quo Vadis dans sa version originale est loin d'être un livre pour jeunes filles de bonne famille. Sienkiewicz aborde avec beaucoup de réalisme la violence des personnages, leurs désirs physiques ou leurs passions les plus obscures. Le roman distingue clairement les bons et les méchants. L'auteur insiste sur la pureté de Ligie, la dignité d'Aulus, la droiture de Marcus et la fidélité d'Ursus. Mais ce sont les méchants qui retiennent notre attention. Sienkiewicz dépeint avec force la cruauté de Néron, le vice de Tigellinus, la fourberie de Chillon, et la haine de Poppée. Son talent de romancier historien est si abouti que finalement, leur noirceur et leurs méfaits en font les véritables héros du roman.

 

Une métaphore de l'oppression

 

Quo Vadis est une métaphore de la Pologne sous le joug des puissances qui l'occupent jusqu'en 1918. Néron représente le pouvoir absolutiste de la Russie impériale. Son entourage est une référence directe à l'administration russe qui régentait les Polonais à la fin du XIXème siècle. Au début des années 50, l'œuvre a retrouvé une nouvelle actualité avec l'emprise du Stalinisme sur la Pologne. En France aussi, Quo Vadis a été une lecture de résistance. Flammarion a courageusement réédité l'ouvrage en 1942, alors que la France était soumise à l'occupant Allemand. Dans les années 50, cette lutte contre la domination avait toujours une signification. Notre enfance dans un pays en guerre avait été une expérience difficile, parfois douloureuse. Lire Quo Vadis c'était en quelque sorte revisiter une période sombre que le culte de la Résistance cherchait à idéaliser.

 

Avec la Bible, Quo Vadis est le livre qui est le plus présent dans notre bibliothèque familiale. Ce livre a traversé les générations qui se sont succédées et chaque exemplaire reflète son époque. Nous en avons 6 éditions différentes datant de 1901 à 1975. Je remarque que chaque édition a sa particularité. Dans les traductions françaises, le "?" est une fantaisie ajoutée par la moitié des éditeurs alors que le sous-titre "roman des temps néroniens" est rarement indiqué. En général, les illustrations sont assez fidèles au texte. Dans les années 50, elles soulignent volontiers l'héroisme des personnages. Dans les années 60, elles insistent davantage sur leurs sentiments. Les dessins de Jan Styka dans la réédition Flammarion de 1942 sont les plus beaux. Ce sont aussi ceux de la première édition française de Quo Vadis paru dans La Revue Blanche. Nous avons la chance de posséder la collection complète des images de Jan Styka. Ma fille a récemment enrichi cette collection avec les illustrations de Domenico Mastroianni réalisées en 1913.

 

Tout au long des 625 pages de l'édition Les Belles Lettres (2010), relire Quo Vadis a été un double plaisir. Outre l'intérêt de l'intrigue et la beauté de la langue, j'ai revisité Rome. Ma fille ainée y a vécu pendant un an, entre la Piazza Vittorio Emanuele et la Via Merulana. Mes nombreux séjours m'ont révélé une cité que peu de touristes prennent le temps de connaitre. Sienkiewicz a une connaissance extraordinaire de la Rome antique. Avec lui, j'ai fait un voyage dans le temps pour redécouvrir des lieux qui me sont familiers : les jardins de l'Oppio, la colline du Palatin, les talus du Circus Maximus, les abords du Colisée, les ruines du Forum. J'ai retrouvé l'émotion de mes visites dans les Catacombes et la sérénité de mes promenades le long de la Via Appia. Aussi, j'encourage vivement tous ceux qui liront ce petit hommage à Sienkiewicz à entreprendre avec lui un voyage dans l'Antiquité Chrétienne. En 2016 comme en 1896 Quo Vadis est un livre à lire et à relire.

 

Myrande Ksiazyk, Paris

Je remercie ma fille pour ses recherches et son aide dans la réalisation de cet article.

Autre article sur Sienkiewicz : "Par le Fer et par le Feu, vent des steppes et souffle de l'Histoire".

 

Edition polonaise de Quo Vadis datant de 1901. Il s'agit du volume 2 de l'ouvrage qui en compte 5. Avec le temps, les autres volumes se sont perdus. Le roman est d'abord paru en feuilleton en 1895 puis en livre l'année suivante. Afin de rendre les livres abordables pour un plus grand nombre de lecteurs, l'éditeur a fait paraitre l'œuvre en plusieurs volumes. Références : Quo Vadis część II - Pisma Henryka Sienkiewicza, t. XXXIII.- Nakład Redakcji Tygodnika Ilustrowanego - Warszawa 1901.

Henryk Sienkiewicz (1846-1916) a reçu le Prix Nobel de Litterature en 1905. Il est l'auteur de grandes sagas historiques. Outre Quo Vadis, seuls quelques romans traduits en français sont aujourd'hui disponibles : Par le Fer et par le feu, Pour l'Honneur et pour la Croix, Les Chevaliers Teutoniques. La Pologne commémore cette année le centenaire de sa disparition.

Via Appia, l'une de mes promenades favorites à Rome. Selon les Actes de Pierre (textes aprocryphes), Saint Pierre fuyant les persécutions a rencontré Le Christ et lui a demandé "Quo Vadis Domine?" (où vas-tu Maître ?). Jésus lui a répondu "Eo Romam iterum crucifigi" (Je retourne à Rome pour être à nouveau crucifié).

L'Eglise Santa Maria in Palmis, aussi apellée Chiesa del Domine Quo Vadis est située sur la Via Appia. Elle s'élève sur un ancien sanctuaire célébrant la rencontre de Saint Pierre et du Christ. L'église conserve un bloc de marbre sur lequel les pieds du Christ auraient été imprimés, d'où son nom. C'est en visitant cette église que Sienkiewicz a été inspiré pour écrire son roman.

Le manuscrit de Quo Vadis est conservé à la Bibliothèque Nationale de Varsovie (Biblioteka Narodowa). En aout 2016, il a été exposé au public et des évènements autour de l'ouvrage ont été organisés dans toute la Pologne.

1942 : dans la France occupée, Flammarion réédite Quo Vadis avec les illustrations de Jan Styka. L'éditeur reprend la traduction de B. Kozakiewicz et J.L. Janasz., première version parue en français dans la Revue Blanche (1901).

 

Cette édition de 1942 circulait encore dans les années 50, alors que les versions expurgées pour la jeunesse commençaient déjà à se répandre. Les dessins de Jan Styka ont marqué l'imaginaire de toute une génération de lecteurs.